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Six amies créent un lieu de partage

Six amies créent un lieu de partage

A Domdidier, elles mettent en contact des gens ayant besoin d’un service et d’autres qui en proposent

Belmont-Broye L’entrée, un peu cachée, est pleine de mystère. Vers le centre de Domdidier, le visiteur descend quelques marches et arrive dans un vaste espace, légèrement au-dessous du niveau de la route. Une senteur d’huile essentielle chatouille les narines, et une musique relaxante berce les oreilles. La lumière inonde le local. Il y a quelques fauteuils, un bureau, des étagères garnies de pots de confiture. Ouvert ce mois, cet espace a été créé par six amies broyardes de Domdidier et de Châtillon âgées en moyenne d’une cinquantaine d’années.

Mettre en contact

Il s’agit d’une plateforme de connexions entre les gens, qui n’a aucun équivalent dans la région à leur connaissance. Le nom du projet? Tout en soi.

L’idée trottait dans la tête de Michèle Carrel, habitante de Domdidier, depuis plusieurs années. «J’ai eu un passage difficile, et je voulais retrouver un sens à mon existence», explique cette masseuse, thérapeute et coach de vie, qui en a discuté avec Pascal Corminboeuf (ancien conseiller d’Etat retraité habitant Domdidier) qui l’a beaucoup soutenue, selon elle. En en parlant autour d’elle, elle a rassemblé quelques amies. Le hasard a fait qu’elles soient toutes des femmes. De là, tout est allé très vite. «Un mois plus tard, nous avions les locaux, que nous louons, et nous avions passé une couche de peinture», explique Michèle Carrel. La création d’une association pour chapeauter le projet est en cours.

L’idée principale est de mettre en contact des personnes ayant besoin d’un service avec celles qui peuvent le leur rendre. Michèle Carrel donne l’exemple d’un aîné qui aimerait apprendre à utiliser une tablette. «Nous pourrions faire appel à des étudiants.» Ensuite, la rémunération serait discutée entre le senior et le jeune.

N’y a-t-il pas de risques d’abus de confiance? Pour plus de sécurité, la rencontre aurait lieu dans les locaux, répond la Broyarde, précisant que les seniors auront l’instruction de ne donner aucun mot de passe ou code d’accès. «Nous ne sommes pas responsables du service délivré», précise Patricia Clerc, un autre membre du projet.

A ce jour, quatre ou cinq personnes se sont signalées pour proposer des services dans différents domaines: écriture de lettres ou de CV, couture, repassage, compagnie. La seule contrainte est de payer 30 francs tous les six mois.

Diverses activités

Le deuxième but est de proposer les locaux moyennant un petit montant pour des cours, des événements afin d’animer la vie du village. «Une dame aimerait par exemple donner des cours de tricot. Tout est possible: un vernissage, un cercle de parole», s’enthousiasme Michèle Carrel. Une des six amies, active dans l’événementiel, se verrait bien organiser des activités pour les seniors, tandis qu’une de leurs connaissances, le professeur retraité Georges Savoy, mettra en place un café philo.

Le troisième but est de favoriser les rencontres et de mettre en valeur des produits artisanaux, tels que les confitures sur leurs étagères. «Il s’agit d’aider des privés à relancer une passion ou un projet de vie, et d’améliorer la confiance en soi», indique Michèle Carrel. Il peut y avoir d’autres motivations: «Nous vendons aussi les objets en tricot d’une dame qui doit gagner de quoi financer une prothèse de la hanche», ajoute la Broyarde. Les six amies se relaient pour assurer une permanence du lundi au samedi à côté de leur travail. D’où les fauteuils: pour encourager les gens à pousser la porte, les Broyardes proposeront contre une petite rétribution des massages des pieds ou des mains.

Le Covid? «Nous nous sommes construites avec», répond Michèle Carrel, qui indique que l’impact a été de renoncer à une inauguration officielle et à certains événements, tout en limitant le nombre de personnes pouvant se trouver en même temps dans les locaux. «Mais c’était le bon moment pour ouvrir notre espace», estime-t-elle, ajoutant que les gens manquent de contact, avec la pandémie.

La question financière

Reste à voir si le projet peut être viable financièrement. Pour l’instant, les six amies ont tout investi de leur poche. Elles comptent sur la location des locaux pour les cours et événements afin de pouvoir continuer à louer elles-mêmes l’espace à sa propriétaire. Elles sont à la recherche de dons et vont demander un soutien communal en raison de l’aspect social du projet. Michèle Carrel est consciente que son aventure n’est pas sans danger. «Si nous perdons de l’argent, nous en perdrons, mais je ne pense pas que cela arrivera. Il suffit d’y croire.»

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